L’électrosensibilité

1. Je suis médecin généraliste et dans le cadre de mes consultations, un patient m’a demandé si ses symptômes ne pouvaient pas être liés à une électrosensibilité. Pourriez-vous me fournir des renseignements concernant ce syndrome ? Que conseilleriez-vous aux personnes qui pensent de souffrir à cause des radiations non-ionisantes?

Un nombre croissant de personnes se plaignent d’être hypersensibles à l’électricité ou électrosensibles, c’est-à-dire qu’elles présentent des plaintes qu’elles attribuent à l’usage ou la proximité d’appareils ou d’équipements émettant des champs électriques (CE), magnétiques (CM) ou électromagnétiques (CEM) (Berqvist et al., 1997). Il n’existe pas de définition formelle ou de diagnostic d’électrosensibilité en raison de la non-spécificité des symptômes rapportés, de l’apparente hétérogénéité des personnes affectées et de l’absence d’étiologie établie. Seule une définition opérationnelle existe à l’heure actuelle. L’ électrosensibilité est un syndrome essentiellement défini par le patient lui-même. Les symptômes varient d’un individu à l’autre mais dans la majorité des cas, ils sont non spécifiques, légers et sans signe objectifs. En l’absence de critères diagnostics, les symptômes observés sont attribués à ce que l’on appelle l’électrosensibilité, mais qui n’implique pas nécessairement une relation établie entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les réactions sanitaires.

Ces patients souffrent de symptômes dermatologiques (picotements, brulûres, démangeaisons, rougeurs) et/ou de symptômes neurologiques (céphalées, troubles de la concentration, vertiges, fatigue,…) lorsqu’ils sont à proximité d’équipements ou d’installations électriques; ordinateurs, lampes fluorescentes, lignes à haute tension, appareils électriques, TV, GSM, antennes GSM… Ils ne forment pas un groupe homogène.

A la fin des années 90, l’occurrence et l’apparition de ce phénomène d’électrosensibilité variaient d’un pays à l’autre, avec d’avantage de symptômes dermatologiques associés au travail sur ordinateur dans les pays scandinaves et notamment en Suède et davantage de symptômes de type neurasthénique (céphalées, fatigue, troubles cognitifs, etc…) associés aux lignes à haute tension ou à la mobilophonie dans nos contrées.

Il faut noter que cette électrosensibilité se retrouve pour des niveaux d’intensité et de fréquence des champs électromagnétiques auxquels la population générale est également exposée et largement en-dessous des recommandations internationales. Ces symptômes sont transitoires et disparaissent généralement peu de temps après l’arrêt de l’exposition. Il n’existe aucune relation démontrée entre l’exposition aux champs électriques, champs magnétiques ou champs électromagnétiques et les symptômes exprimés. Il n’en reste pas moins vrai que, dans certains cas, cette électrosensibilité peut entraîner des limitations importantes dans la vie quotidienne.

Même s’il existe des problèmes scientifiques importants quant à la définition de l’électrosensibilité et aux critères diagnostiques, les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes électrohypersensibles sont bien réelles et doivent être prises en considération.

Nous insistons également sur la nécessité de réaliser un examen médical complet afin de rejeter l’éventualité d’une pathologie non connue par la personne. En parcourant les pages Electrohypersensibilité: Etudes de provocation, vous aurez une idée plus complète des travaux réalisés avec ces personnes hypersensibles.

Voir d’autres informations à la page Electrosensibilité / EHS, ainsi que le site de l’Organisation Mondiale de la Santé.

2. Je souhaite savoir ce que le Belgian BioElectroMagnetics Group a fait (ou fait) sur la question des hypersensibles aux champs électromagnétiques. J’ai rencontré pour ma part beaucoup de témoins en France, rares étaient ceux reconnus hypersensibles à l’électricité ou électrosensibles par le corps médical. Qu’en est-il en Belgique?

Jusqu’en juin 2017 (*), les chercheurs de l’Unité de Psychoneuroendocrinologie ont proposé aux personnes qui se plaignent d’électrosensibilité des interventions qui comprenaient une évaluation de leur état de santé et de leur niveau de bien-être. Une interview approfondie était menée afin d’analyser les conditions d’apparition, de rechercher des facteurs prédisposants, favorisants, déclenchants et renforçants, de comprendre l’histoire et le contexte d’apparition des symptômes, la réactivité à d’autres facteurs environnementaux, la perception des risques et les facteurs de stress psychosociaux.

L’investigation médicale était destinée à identifier et traiter toute pathologie médicale qui pourrait être responsable des symptômes ou d’une partie d’entre eux. L’analyse clinique était quant à elle destinée à définir le profil de ces personnes hypersensibles, les caractéristiques et conditions de leur symptomatologie.

Des tests de provocation étaient parfois proposés afin de confronter les personnes EHS à des expositions contrôlées aux champs magnétiques 50 Hz, dans les cas où ce type de champ est incriminé. Cette partie du travail était réalisée en collaboration avec l’équipe des ingénieurs qui, si nécessaire, effectuaient des mesures au domicile ou sur le lieu de travail des personnes ou les informaient des aspects techniques. Dans une perspective de recherche, des analyses biologiques ont également proposés jusqu’en 2009 aux personnes ainsi que des analyses cytogénétiques de cellules sanguines exposées à des champs électriques et magnétiques.

Ce syndrome n’est pas reconnu par le monde médical en Belgique. En l’absence de critère diagnostiques et de relation causale établie avec l’agent imputé, en l’occurrence l’exposition aux champs électromagnétiques, la souffrance et le mal-être de ces personnes sont tels qu’il est important de les considérer sérieusement et de réaliser une prise en charge dès l’apparition des premiers symptômes. En l’absence de traitement médical spécifique disponible, les interventions sont destinées à informer les personnes sur la problématique des champs électriques et magnétiques, à les aider à mettre en place des stratégies de gestion du stress vécu, à travailler sur les facteurs organisationnels générateurs de stress qui peuvent aggraver la symptomatologie ainsi qu’à envisager des moyens de faire face aux réactions liées à cette électrosensibilité afin d’éviter l’isolement social de la personne qui cherche dans la plupart des cas à se mettre à l’abri de toute source de champs électromagnétiques.

(*) Dans le projet BBEMG 2017-2021, l’étude de l’électrosensibilité est reprise par l’équipe Santé publique de l’ULB. Il ne s’agit plus d’une étude de provocation au 50 Hz: voir la page Electrohypersensibilité pour des informations complémentaires.

3. Pendant les mois d’hiver, je reçois souvent des décharges en sortant de mon véhicule ou encore des décharges entre moi et quelqu’un portant une chemise en soie. Est-ce de l’électrosensibilité?

Il s’agit de décharges électrostatiques, sans aucun effet pathologique, qui sont simplement gênantes. Ces décharges proviennent d’un équilibrage de tension entre deux « corps » qui ne sont pas au même potentiel. Le potentiel provient de l’accumulation de charges électriques liée à un frottement dans l’air et à l’aptitude de certains matériaux à capter ces charges.

Géneralement, les charges s’écoulent directement vers le sol, maintenant les corps au même potentiel. Mais en cas de taux d’humidité plus faible dans l’air, de port de chaussures isolantes, déplacement sur un tapis isolant… un corps peut se charger progressivement. Le contact avec un autre objet à un autre potentiel (clinches de portes, autre personne, voiture, ..) provoque un équilibrage de charge entre les deux corps, ce qui se manifeste par un arc électrique (l’intervalle d’air entre les deux corps ne pouvant plus résister au champ électrique qui apparaît) et qui permet l’écoulement des charges.

Ceci se fait en quelques nanosecondes (milliardième de seconde) et ne saurait avoir un quelconque effet pathologique. Mais on le « sent » passer. Cela est valable pour tout le monde. Toutefois certaines personnes pourraient ressentir l’arc électrique plus facilement que d’autres. Il s’agit d’une réaction bien connue et ponctuelle à l’électricité. Il ne s’agit pas du même phénomène que celui d’Electrosensibilité / EHS.

4. A la suite d’une électrisation, je suis devenue électrosensible et je souffre en permanence de picotements aux membres supérieurs et inférieurs et dans la tête ainsi que de sensations de brûlures au visage. Ces manifestations sont fluctuantes dans le temps et dans l’espace. Selon le lieu où je me trouve, je ressens plus ou moins fortement ces phénomènes. Je suis secrétaire, le fait de travailler sur ordinateur m’occasionne ces sensations de façon importante. Je ne sais plus quoi faire pour que cette souffrance cesse. Merci de me conseiller.

Certaines personnes se plaignent de symptômes comparables aux vôtres qu’elles attribuent à l’exposition aux champs électromagnétiques. Si la souffrance des personnes n’est jamais remise en cause, aucune relation de cause à effet n’a pu être mise en évidence. L’OMS préconise d’aborder ce problème en s’attachant aux symptômes et non aux sources de champs électromagnétiques (sauf si des mesures effectuées sur votre lieu de travail mettent en évidence une exposition anormalement élevée : voir la Législation belge – Arrêté royal, 2016), mais dans le cas que vous expliquez, il semble que ces réactions fassent suite à un choc électrique qui vous a fortement stressé.

Il nous est difficile de vous conseiller simplement par écrit. Nous vous recommandons d’en parler à votre médecin traitant et de bien lui expliquer les circonstances d’apparition de ces symptômes.

N’hésitez pas à contacter l’équipe Santé publique de l’ULB.

5. Une administration m’a demandé un attestation médicale du fait que je suis électrohypersensible. Où puis-je m’adresser pour passer les tests nécessaires?

Nous n’allons malheureusement pas pouvoir vous aider. Comme vous le savez peut-être suite à vos lectures sur notre site ou ailleurs, l’électrosensibilité n’est pas objectivable à ce jour.  Le BBEMG étudie ce syndrome afin de tenter d’en comprendre les causes et le/les mécanisme(s). Nous vous proposons de prendre connaissance de nos travaux.

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